Transformer les systèmes alimentaires à partir de la base : politiques alimentaires locales et participation du public en Europe

Le projet est un effort collectif de FIAN International, FIAN Autriche, FIAN Belgique, FIAN Portugal, Observatori DESCA (Espagne) et (anciennement) FIAN Suède, financé par l'UE.   

Ces dernières années, les politiques et les initiatives des gouvernements locaux en matière d'alimentation (systèmes) et de nutrition se sont multipliées dans toute l'Europe. Cette évolution a été accompagnée et stimulée par l'émergence d'espaces participatifs, tels que les conseils de politique alimentaire, qui impliquent les communautés dans l'élaboration de la politique alimentaire locale.  

Le projet CRESS examine les politiques et initiatives spécifiques des gouvernements locaux et régionaux ainsi que les espaces de participation communautaire dans six pays européens : Autriche, Belgique, Allemagne, Portugal, Espagne et Suède. Le projet a examiné les domaines d'engagement et les contraintes rencontrées par les gouvernements locaux, ainsi que le caractère transformateur (du point de vue des droits de l'homme) des politiques et initiatives présentées.  

En outre, un aspect central du projet était de comprendre comment la participation est organisée dans les différents pays et localités : quelles sont les structures existantes et quelle est leur influence, qui participe et qui reste à l'écart, comment les relations de pouvoir et les conflits d'intérêts sont traités….  

Les résultats du projet sont présentés dans trois documents : (1) une cartographie qui résume la situation dans chacun des six pays et tire quelques réflexions générales, (2) une carte interactive qui fournit plus de détails sur les cas examinés, et (3) une boîte à outils qui vise à créer une meilleure compréhension de la façon d'opérationnaliser l'élaboration de politiques locales basées sur les droits de l'homme, y compris les implications au niveau de l'UE.  

Les résultats de la cartographie indiquent que des mesures importantes sont prises au niveau local pour relocaliser les systèmes alimentaires afin de les rendre plus sains, plus durables et plus équitables. Les collectivités locales reconnaissent de plus en plus le rôle qu'elles peuvent jouer et de multiples stratégies et initiatives couvrent des domaines d'intervention essentiels, depuis la restauration collective et les marchés publics jusqu'au soutien à la production biologique et aux marchés locaux, en passant par la modification des critères d'utilisation des sols. Dans le même temps, les collectivités locales sont limitées par un certain nombre de facteurs internes et externes, tels que le manque de ressources humaines et financières et les politiques de l'UE, qui entravent la régionalisation.  

Les résultats du projet reflètent également l'immense diversité qui existe à travers l'Europe – et au sein des pays – en ce qui concerne les structures de participation communautaire. Elles soulignent l'importance cruciale de ces espaces et de la mobilisation des communautés pour inscrire l'alimentation à l'ordre du jour des gouvernements locaux et faire pression en faveur de changements transformateurs et ascendants dans les systèmes alimentaires. Dans le même temps, et malgré de nombreux efforts, d'importants défis et limitations subsistent, notamment en ce qui concerne l'inclusion des groupes marginalisés dans ces espaces et la possibilité de faire entendre leur voix. 

Cette boîte à outils vise à promouvoir une approche plus large des droits de l'homme pour relever les défis des systèmes alimentaires au niveau local et à promouvoir des structures de gouvernance inclusives. Il vise à contribuer à notre compréhension collective de l'engagement stratégique dans les systèmes alimentaires au niveau local en Europe et à promouvoir des stratégies visant à garantir une gouvernance ascendante plus forte au niveau de l'Union européenne (UE). Il explore le potentiel de l'architecture multi-niveaux des politiques et des structures de gouvernance des systèmes alimentaires et examine l'impact des politiques régionales sur l'élaboration des politiques locales.  

La cartographie, la carte interactive et la boîte à outils sont également disponibles dans d'autres langues :  

Cartografía: Espagnol, allemand, portugais, anglais y suédois 

Mapa interactivo: Espagnol, allemand, portugais, anglais y suédois 

Kit de herramientas: Espagnol, allemand, portugais, anglais y suédois 

 

Para más información, póngase en contacto con Emily Mattheisen: mattheisen@fian.org o Laura Michéle: michele@fian.org 

 

Les alternatives écologiques des peuples au greenwashing des grandes entreprises: Observatoire du droit à l'alimentation et à la nutrition 2023

Les systèmes alimentaires industriels n'ont pas réussi à répondre aux besoins nutritionnels de la population de notre planète. Près de 800 millions de personnes souffrent de la faim aujourd'hui. Nos systèmes alimentaires produisent un tiers des émissions de gaz à effet de serre, contribuant massivement à la crise climatique et exacerbant les difficultés d'accès à l'alimentation et à la nutrition. L'extinction massive des espèces, la destruction des écosystèmes et la perturbation des cycles naturels qui soutiennent la vie sur terre ont aussi un impact sur l’accès à l’alimentation.

L'extractivisme, la marchandisation et la financiarisation de la nature ont intensifié l'exploitation, la spoliation et les expulsions violentes. Le contrôle grandissant des ressources naturelles par un petit nombre d'entreprises, d'individus et d'États puissants renforce également la violence fondée sur le genre, les discriminations intersectionnelles et l'accroissement des inégalités.

Les alternatives écologiques des peuples au greenwashing des grandes firmes ((disponible uniquement en anglais et en espagnol) présentées par le Réseau mondial pour le droit à l’alimentation et à la nutrition proposent une autre voie fondée sur les luttes des populations contre la mainmise, le greenwashing et les pratiques néocoloniales des entreprises. Elles proposent de défendre le droit à l’alimentation et à la nutrition, de renforcer les droits humains des paysans et des autres personnes vivant dans les zones rurales, et de garantir la souveraineté alimentaire pour tous.

Elles comportent quatre sections qui analysent les évolutions internationales, l'alimentation et la triple crise écologique, le colonialisme vert et la décarbonisation, les combats et les solutions apportées par les communautés de base aux crises climatiques et alimentaires.

Malgré l'aggravation de la crise alimentaire, peu d'actions internationales décisives ont été entreprises en 2023 pour s'attaquer à ses causes. Au lieu de cela, les grandes entreprises ont maintenu leur emprise sur les forums internationaux, notamment à l’ONU.

La crise alimentaire et la triple crise écologique du climat, de la perte de biodiversité et de la pollution sont inextricablement liées, et pourtant les grandes firmes et les États ne proposent que des solutions technologiques similaires pour les résoudre et ne tiennent aucun compte des droits des petits producteurs alimentaires.

Ces dernières années, la décarbonisation et les approches mercantiles qui y sont associées ont été imposées comme le principal paradigme pour faire face à ces crises interdépendantes.  Au lieu de protéger la planète, ce colonialisme vert ne fait que perpétuer sa destruction et la marchandisation de la nature, tout en aggravant les inégalités existantes.

Une transformation écosociale juste de nos systèmes alimentaires, qui protége le droit de chacun.e à l'alimentation et à la nutrition, requiert une justice globale et la promotion de la souveraineté alimentaire, de l'harmonie et de l'équilibre entre l'humanité et l'environnement.

Pour des informations supplementaires veuillez contacter Tom Sullivan sullivan@fian.com

 

 

Le Processus Nyéléni: Remettre en question le financement derrière l’accaparement vert et bleu

Mobiliser des sommes importantes dans la finance privée, pour compenser les finances publiques insuffisantes, devient progressivement un nouvel objectif dans les débats sur le financement du climat et de la biodiversité. Mais cette tendance implique la mercantilisation et la monétisation de la nature à des niveaux hauts alarmants, entraînant de nouveaux accaparements territoriaux et des atteintes à la justice environnementale. Les mécanismes de « l’économie verte » comme les crédits carbone et les marchés de compensation de la biodiversité ainsi que les conversions de dettes en mesures en faveur de la nature ne sont pas seulement erronés, ils sont également dangereux.

Ce bulletin décrit quelques-uns des nombreux projets, aussi variés que déconcertants, qui monétisent les océans, les sols, les algues et les forêts. Une critique majeure porte sur ces approches qui privilégient les gains plutôt qu’une véritable gestion de l’environnement, et des profits pour les investisseurs souvent au détriment des communautés locales. Ces mécanismes provoquent souvent la spoliation des populations autochtones et des petits producteurs, évincés de leurs terres et mers pour y installer à la place des projets de conservation lucratifs. Les avantages annoncés de ces mécanismes financiers atteignent rarement ceux et celles qui en subissent les impacts.

Les témoignages présentés illustrent clairement que les mouvements de peuples autochtones, de pêcheurs et d’agriculteurs répliquent, au sein des différentes plateformes de l’ONU et de leurs propres territoires. Nos mouvements réclament des fonds publics pour le climat et la biodiversité, l’annulation de la dette, des indemnisations, le respect des droits et des savoirs des peuples autochtones et d’autres communautés, une véritable responsabilité et la régulation des grandes entreprises qui profitent depuis longtemps de l’exploitation de l’environnement.

Nous savons que les masques sont tombés, révélant au grand jour les défauts de l’idéologie néolibérale illusoire. Aussi devons-nous combattre ensemble sa prolifération dans la nature et sur nos territoires.

Amis de la Terre International, ETC Group, Transnational Institute

 

Cliquez ici pour télécharger l'édition française (pdf) ou lisez le bulletin directement sur le site.

Pour toute information complémentaire merci de contacter info@nyeleni.org – www.nyeleni.org
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Illustration: Luisa Rivera, www.luisarivera.cl

20 ans de Directives des Nations Unies sur le droit à l'alimentation : il est temps de les mettre pleinement en œuvre

Des millions de personnes souffrent de la faim et de la malnutrition en raison des inégalités structurelles, de la violence dans les sociétés et les systèmes alimentaires, et de l'accaparement généralisé des territoires, caractérisé par l'acquisition injuste et non durable de terres, d'eau, de semences et d'autres ressources naturelles, ainsi que par des régimes commerciaux inéquitables et injustes. En raison de la violence fondée sur le genre et des formes de discrimination qui se croisent, les femmes, les filles et les minorités ont été touchées de manière disproportionnée par cette dépossession et ces inégalités croissantes.

Dans le même temps, l'extractivisme, la marchandisation et la financiarisation, y compris dans le contexte de l'agriculture et de l'aquaculture industrielles, ont déclenché la triple crise planétaire du changement climatique, de la perte de biodiversité et de la pollution, avec des effets dévastateurs sur la réalisation du droit à l'alimentation et à la nutrition, tant pour les générations actuelles que pour les générations futures.

Les Directives sur le droit à l'alimentation ont été adoptées par le Comité des Nations Unies sur la Sécurité Alimentaire Mondiale (CSA) et l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO) en 2004. Elles ont fourni une base solide pour l'élaboration et le développement d'un ensemble de normes et de politiques en matière des droits humains adoptées ultérieurement par les Nations Unies, telles que la Recommandation Générale 34 de la CEDEF, les Directives de la FAO sur la tenure, les Directives sur la pêche à petite échelle, la Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales et la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. Elles ont contribué à l'avancée des droits humains et à l'enrichissement du cadre juridique normatif du droit à l'alimentation et à la nutrition, en fournissant des orientations pour une transformation des systèmes alimentaires fondée sur les droits humains.

Aujourd'hui, 29 pays reconnaissent explicitement le droit à une alimentation adéquate dans leur constitution, tandis que plus de 100 pays le reconnaissent implicitement ou par le biais de directives, de principes ou d'autres dispositions pertinentes. Dans ce contexte, nous souhaitons souligner le rôle de pionnier du Népal : la Constitution du pays garantit le droit à l'alimentation et la souveraineté alimentaire, et une loi à cet effet a été adoptée en 2018. Cette loi prévoit des mécanismes institutionnels aux niveaux national, provincial et local, ainsi que l'élaboration coordonnée d'un plan national de nutrition. Une ordonnance visant à mettre en œuvre la loi a été adoptée par le gouvernement népalais en mars de cette année.  Grâce à cette reconnaissance juridique, le Népal a concentré ses efforts sur la réduction de moitié de la proportion de la population sous-alimentée depuis 2018, et se classe actuellement au 69ème rang sur 125 pays dans l'indice mondial de la faim.

Cette situation contraste fortement avec celle d'autres pays d'Asie du Sud. Au Bangladesh, par exemple, une loi sur le droit à l'alimentation a été rédigée par la Commission des Lois dès 2016, mais son adoption n'a toujours pas eu lieu. En Inde, malgré un certain nombre d'avancées positives, telles que la reconnaissance par la Cour Suprême du droit à l'alimentation en tant que droit fondamental en 2001 et la promulgation de lois historiques telles que la loi nationale sur la garantie de l'emploi rural de 2005 et la loi nationale sur la sécurité alimentaire de 2013, la situation de la faim est grave et le pays se classe au 111ème rang dans l'indice de la faim dans le monde.

Nous appelons les gouvernements à renforcer leurs engagements en faveur de la réalisation du droit à l'alimentation et à la nutrition et à mettre fin à la faim et à la malnutrition, en incorporant les dispositions internationales relatives aux droits humains dans les législations, réglementations, politiques et programmes nationaux. Cela implique de créer des mécanismes de responsabilité, d'assurer une participation significative des communautés affectées dans les processus de prise de décision, et d'établir des systèmes transparents pour surveiller et réparer les cas de violation du droit à l'alimentation.

Nous exhortons les gouvernements du monde entier à respecter leurs obligations concernant la réalisation du droit humain à l'alimentation et à la nutrition en mettant en œuvre les directives et en prenant des mesures décisives pour mettre fin à la faim et à la malnutrition. Ce faisant, nous pouvons collectivement construire un avenir où la jouissance du droit à l'alimentation et à la nutrition est une réalité pour tous, où les droits des individus et des communautés sont respectés, protégés et réalisés, et où la communauté mondiale est unie contre les forces qui perpétuent la faim et la discrimination.

La coopération internationale entre les États pour la réalisation des droits économiques, sociaux et culturels est une obligation pour tous les États. Chaque État a la responsabilité de contribuer activement au maintien d'une paix et d'une justice durables – en particulier dans les pays touchés par un conflit – et à l'éradication de la pauvreté et de la faim. En s'attaquant aux causes fondamentales, en demandant des comptes aux acteurs responsables et en encourageant la collaboration aux niveaux local, national et international, nous pouvons collectivement nous efforcer de parvenir à un monde où le droit à l'alimentation et à la nutrition sera réalisé pour tous. En particulier, nous, les organisations soussignées, recommandons à tous les États de mettre en œuvre les Directives sur le droit à l'alimentation en ce qui suit:

Collaborations stratégiques : Renforcer les convergences et les stratégies communes avec la société civile dans sa diversité en donnant la priorité aux détenteurs et à des détentrices de droits tels que les mouvements sociaux, les peuples autochtones, les mouvements féministes, les producteurs et les productrices de denrées alimentaires à petite échelle et autres.

Renforcer la gouvernance avec une participation sociale à tous les niveaux : Créer et mettre en œuvre des systèmes de gouvernance alimentaire dotés de solides mécanismes de participation sociale, d'un cadre juridique et institutionnel fiable et de conditions de fonctionnement garanties.

Défendre l'intérêt public contre l'influence des entreprises dans les systèmes alimentaires : Développer des cadres juridiques complets de responsabilité, de réglementation et d'obligation de rendre des comptes pour les entreprises, de la production à la consommation, ainsi que des normes qui protègent les espaces de gouvernance de l'influence des entreprises et des conflits d'intérêts.

S'engager dans des processus et des politiques visant à transformer les systèmes alimentaires et à renforcer les régimes fonciers : Promouvoir et s'engager activement dans la transformation des systèmes alimentaires en respectant les cultures alimentaires locales, en valorisant l'agro-socio-biodiversité et les principes de l'agroécologie, et en donnant la priorité aux systèmes locaux et territoriaux, en particulier à l'importance de la sécurité foncière.

Note 1 : La déclaration a été initiée par FIAN International et Pain Pour le Monde (Allemagne) et élaborée à l'occasion du Forum social mondial 2024 à Katmandou comme résultat de l'événement parallèle « 20 ans de Directives sur le droit à l'alimentation : Passé, présent et futur », organisé par  Brot für die Welt, FIAN International et le Réseau Mondial pour le Droit à l'Alimentation et à la Nutrition (GNRTFN).

Note 2 : Les recommandations sont basées sur la « Charte de Brasilia – Sur la gouvernance démocratique des systèmes alimentaires pour la réalisation du droit humain à une alimentation adéquate », déclaration du séminaire international « Gouvernance démocratique des systèmes alimentaires pour la réalisation du droit humain à une alimentation adéquate », Brasilia, 10 décembre 2023, à l'occasion de la sixième Conférence Nationale sur la Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle.

La déclaration est approuvée par les organisations et personnes suivantes :

Organisations

ACTUAR – Associação para a Cooperação e o Desenvolvimento

Articulação SUL

Bangladesh Food Security Network (KHANI Bangladesh)

BIZILUR

Brot für die Welt

Center for Food and Adequate Living Rights (CEFROHT)

Confédération Paysanne du Faso

COPROFAM

Coprofam

FIAN Austria

FIAN Belgium

FIAN Brasil

FIAN Burkina Faso

FIAN Colombia

FIAN Deutschland

FIAN Ecuador

FIAN India

Fian Indonesia

FIAN International

FIAN Nepal

FIAN Portugal

FIAN Sri Lanka

FIAN Switzerland

FIAN Uganda

Food Security Network- KHANI

Fundación Alternativas

Gaza Urban & Peri-urban Agriculture Platform (GUPAP)

Housing and Land Right Network – Habitat International Coalition

Institute for Agriculture and Trade Policy

Instituto de Defesa de Consumidores (Idec)

Instituto de Desarrollo y Medio Ambiente – IDMA

Kasisi Agricultural Training Center

Kitwe District Land Alliance

Lake Region Food Systems Network

Local Initiatives for Biodiversity, Research and Development (LI-BIRD)

Movimento Urbano de Agroecologia MUDA

National Fisheries Solidarity Organization, Sri Lanka.

Observatorio de Políticas de Seguridad Alimentaria y Nutricional – Universidad de Brasilia

ONG APPUI SOLIDARITE POUR LE RENFORCEMENT DE L AIDE AU DEVELOPPEMENT

Participatory Research & Action Network- PRAAN

PELUM Association Regional Secretariat

RED DE AGRICULTURA ECOLOGICA DEL PERU/CONSORCIO AGROECOLOGICO PERUANO

Rede para a Soberania e Segurança alimentar e Nutricional da Guiné-Bissau « RESSAN-GB »

Right to Food Campaign India

ROSA – Rede de Organizacoes para a Soberania Alimentar

Rural Reconstruction Nepal-RRN

Slow Food

Sustainable Innovations Africa

SWISSAID

UNICAM SURI, CLOC LVC

WhyHunger

WUNRN-Women's UN Report Network

Zabarang Kalyan Samity

Zambia Alliance for Agroecology and Biodiversity (ZAAB)

Individus:

Bishnu Bhusal

Claudio Schuftan

Cynthia Betsabe Santillan Ibarra

Egidio Angel Strappazzon

Garcia Jaciara

Govinda Dhakal

Grace Tepula

Maïmouna Soulama Soma

Manuel Consolo

Neetu Sharma

Rakesh Katal

Roy Paz Cordero Cuisano

Sasmita Jena

Souad Mahmoud

Pour des informations supplementaires veuillez contacterYifang Slot-Tang slot-tang@fian.org

 


 

Déclaration Internationale: La Banque mondiale hors de la terre !

Du 13 au 17 mai 2024, la Banque mondiale organise une conférence sur la terre à Washington DC, sur le thème « Sécuriser les régimes fonciers et l'accès à la terre pour l'action climatique ». Cette conférence est présentée comme faisant partie des solutions aux dommages causés par l'accaparement des terres, le changement climatique et la destruction des écosystèmes.  

FIAN International adhères à plus de 80 organisations du monde entier accusent la Banque mondiale de faciliter l'accaparement des terres et la financiarisation de la nature. Dans une nouvelle déclaration avant la conférence, nous demandons que la Banque ne touche pas aux terres des communautés. Non seulement la Banque mondiale investit directement dans des projets fonciers, mais elle promeut depuis longtemps une approche de la gestion des ressources naturelles fondée sur le marché et encourage la privatisation. 

Plus récemment, la Banque mondiale est devenue un ardent promoteur des marchés du carbone et d'autres mesures d'atténuation du changement climatique fondées sur le marché. Ces mesures visent à utiliser les terroirs des populations comme puits de carbone pour les grands pollueurs, tout en autorisant de nouvelles émissions de gaz à effet de serre et la destruction des écosystèmes.   

Les communautés et les peuples du monde entier en paient le prix, soumis à la dépossession, à la perte de leurs moyens de subsistance et à la violence. Dans leur déclaration, les organisations appellent les gouvernements à remplir pleinement leurs obligations au titre du cadre international des droits humains en adoptant des mesures efficaces pour s'attaquer aux facteurs structurels de l'accaparement et de la concentration des terres, notamment en protégeant les droits fonciers des personnes et des communautés et en mettant en œuvre des politiques de réforme foncière redistributive.

Plus précisément, ils appellent à soutenir l'organisation d'une deuxième Conférence internationale sur la réforme agraire et le développement rural en 2026 (CIRADR+20), comme l'a récemment annoncé le gouvernement colombien avec le soutien du Brésil. 

Lire la déclaration complète ici.

Plus d'informations sur le site du Comité international de planification pour la souveraineté alimentaire.

Pour les demandes des médias, veuillez contacter Tom Sullivan à l'adresse sullivan@fian.org. 

Le Processus Nyéléni: Comment Les aliments ultra-transformés, un «régime alimentaire industriel»

Les 60 dernières années ont été accompagnées d’une hausse de la production et consommation « d'aliments » ultra-transformés, ou plutôt faudrait-il parler de produits comestibles ultra-transformés (UPP en anglais) tels que les chips en paquet, les gâteaux, les boissons édulcorées ou les plats préparés. Propulsés par l’expansion du système alimentaire industriel, notamment l'approvisionnement mondial et les lieux de vente, ainsi que la concentration et le pouvoir des grandes entreprises au sein de ce système, les UPP remplacent les aliments frais et faiblement transformés et les repas préparés à la maison dans nos régimes alimentaires.  Les schémas alimentaires sont de plus en plus homogénéisés et les traditions culinaires disparaissent. Ce changement est apparu dans les pays à haut revenu puis s’est étendu au reste des pays, et la part de ces produits dans certaines régions dépasse 50 % de l'alimentation humaine. 

Cette édition de la newsletter Nyéléni s’intéresse à la manière dont « le régime alimentaire industriel » basé sur le UPP s'impose dans différentes régions du monde et aux implications pour la santé et la souveraineté alimentaire des personnes. Elle met en avant des exemples de résistance, du retour aux cultures traditionnelles au combat pour des mesures de régulation efficaces. Une chose est sûre, pour retrouver notre souveraineté sur nos assiettes, nous devons voir au-delà de ces assiettes et réformer le système alimentaire tout entier.

FIAN International et AFSA 

Illustration: Nikau Hindin, Obesity and Junk Food, 2009, @nikaugabrielle

 

Cliquez ici pour télécharger l'édition française (pdf) ou lisez le bulletin directement sur le site.

Pour toute information complémentaire merci de contacter info@nyeleni.orgwww.nyeleni.org
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Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU nomme les membres du nouveau Groupe de travail sur les droits des paysans et autres personnes travaillant dans les zones rurales

En octobre 2023, lors de sa 54e session, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a adopté la résolution 54/11, établissant un nouveau Groupe de travail sur les droits des paysans et autres personnes travaillant dans les zones rurales, composé de cinq expert·es issus des cinq régions de l’ONU. Le processus de sélection de ces expert·es s’est déroulé de mi-octobre à début décembre 2023.

Le 5 avril 2024, lors de sa 55e session, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a officiellement nommé les cinq expert·es (choisis parmi 48 candidat·es) :

  • Mme Uche Ewelukwa OFODILE (Nigeria) pour les États africains.
  • Mme Shalmali GUTTAL (Inde) pour les États de la région Asie-Pacifique.
  • M. Davit HAKOBYAN (Arménie) pour les États d’Europe de l’Est.
  • M. Carlos DUARTE (Colombie) pour les États d’Amérique latine et des Caraïbes.
  • Mme Geneviève SAVIGNY (France) pour les États d’Europe occidentale et autres États.

L’imminente initiation des activités du Groupe de travail marque une étape significative dans la promotion de la mise en œuvre des droits consacrés dans la Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales (UNDROP). Cette réalisation revêt une importance particulière pour les organisations rurales qui militent pour leurs droits, notamment les petit·es agriculteur·rices, les femmes rurales, les éleveur·euses, les pêcheur·euses artisanaux·ales, les travailleur·euses agricoles sans terre, les pastoralistes, les travailleur·euses ruraux·ales, les nomades et les peuples autochtones.

Les communautés rurales ont subi de longues injustices concernant la protection des droits et l’accès aux systèmes de sécurité sociale, aggravées par la domination du secteur agroalimentaire dans les systèmes alimentaires industriels. Cette domination les expose non seulement à une vulnérabilité accrue à l’exploitation et à la répression, mais elle entrave également leurs droits fondamentaux, notamment leur droit à la terre, aux semences, à la souveraineté alimentaire, à la biodiversité, aux moyens de production, nécessaires pour avancer vers l’autonomie dans un travail digne. En outre, la création du groupe de travail souligne l’engagement des États à sauvegarder les droits des personnes et des communautés rurales.

Le nouveau groupe de travail est très prometteur pour la promotion et la mise en œuvre des droits des communautés rurales, en apportant un soutien crucial à leurs initiatives visant à réaliser ces droits. De plus, il jouera un rôle pivot pour les États, en leur offrant une coopération technique, en partageant des exemples de bonnes pratiques et en fournissant des recommandations concrètes sur les meilleures façons de rendre leurs actions et cadres juridiques nationaux conformes aux principes et dispositions de l’UNDROP. Depuis l’adoption de la Déclaration par l’Assemblée générale des Nations Unies en 2018, certains États ont progressé dans la mise en œuvre de l’UNDROP au niveau national. Cependant, il y a eu un manque de suivi institutionnel de sa mise en œuvre au niveau international. De plus, les causes structurelles qui ont conduit à l’adoption de l’UNDROP, y compris diverses formes de discrimination, des violations systématiques des droits humains et des désavantages historiques, persistent sans attention adéquate. Face à ces défis, le Groupe de travail sera un acteur clé pour faciliter la mise en œuvre de l’UNDROP. Il identifiera et promouvra les meilleures pratiques et les leçons apprises, favorisera la collaboration entre les autorités des États, les titulaires de droits et les expert·es de l’ONU, et fournira un soutien technique pour renforcer les capacités. Ainsi, le Groupe de travail vise à accroître la visibilité internationale de l’UNDROP et à aborder les problèmes sous-jacents qui entravent la réalisation des droits des communautés rurales.

Quels sont les défis auxquels le groupe de travail est confronté ?

La principale difficulté à laquelle le Groupe de travail (GT) est confronté concerne les contraintes financières, avec des fonds limités disponibles pour soutenir adéquatement ses opérations.

En plus des défis financiers, il existe également des obstacles opérationnels liés à l’engagement et à la participation des organisations paysannes et rurales. Ces organisations, en collaboration avec leurs allié·es, doivent s’approprier le nouveau mécanisme, reconnaître son utilité, le diffuser au sein de leurs réseaux respectifs, être en mesure d’expliquer la procédure et développer des stratégies pour l’utiliser et y contribuer. Cela nécessite des ressources, du renforcement des capacités et des efforts de coordination.

En outre, il peut y avoir des défis liés à la visibilité, car les organisations paysannes et rurales doivent être préparées à contribuer activement aux efforts du groupe de travail. Cela inclut des tâches telles que la soumission de rapports et de plaintes sur les violations et l’engagement avec les autorités nationales respectives dans les espaces prévus à cet effet.

Cette implication peut contribuer à accroître la visibilité des paysan·nes, qui sont souvent marginalisé·es dans la société, renforcer leur dignité et favoriser davantage leur participation à la gouvernance locale, nationale et internationale.

Téléchargez la fiche d’information sur le Groupe de travail UNDROP pour en savoir plus sur son mandat.

Par La Via Campesina, Fian International, CETIM

Cet article a été initialement publié sur le site web de La Via Campesina le 8 avril 2024, qui peut être consultéí ici.

RDC doit protéger les communautés affectées par les entreprises chinoises dans le Sud-Kivu

Quatre groupes de la société civile congolaise ont soumis aujourd'hui au Conseil des droits de l'homme des Nations unies un rapport parallèle sur l'examen périodique universel (EPU) mettant en lumière les violations des droits humains et les abus liés aux activités minières et à l'exploitation forestière illégale menés par Oriental Resources Congo, Congo Blueant Minéral, BM Global Business, Yellow Water Ressources, New Oriental Mineral et Regal Mining.

Les activités des entreprises chinoises alimentent l'accaparement des terres, la pollution et l'expulsion forcée des communautés de la chefferie de Wamuzimu, dans le territoire de Mwenga, au Sud-Kivu – une région affectée depuis longtemps par un conflit armé prolongé. Les communautés ont été victimes de multiples abus des droits humains affectant leur droit à l'alimentation et à la nutrition, leur droit à la terre, leur droit à la santé et leur droit au travail, pour n'en citer que quelques-uns.

Des groupes de la société civile, dont le Front Commun pour la Protection de l'Environnement et des Espaces Protégés, l'Association des Mamans Tonde-Tonde, l'Association des Femmes et Écologie et la Société Civile environnementale du Congo, dénoncent la faiblesse de la réponse et les pratiques corrompues des autorités de la RDC qui ont permis aux entreprises chinoises de piller le pays, aux dépens des communautés locales.

« Les entreprises doivent indemniser les familles dont elles ont pillé les terres en complicité avec les chefs coutumiers et les autorités provinciales et nationales », a déclaré un membre de la communauté.

« Elles doivent construire des puits dans toutes les zones où elles ont pollué l'eau des rivières, afin que les ménages puissent disposer d'une eau de qualité … et protéger les enfants des maladies transmises par l'eau », a déclaré un membre de la communauté.

Les communautés affectées ont perdu leurs moyens de subsistance et demandent au gouvernement de la RDC de s'attaquer aux abus des droits humains commis par les entreprises chinoises. Ceux-ci se sont produits en complicité avec les autorités congolaises à tous les niveaux, qui ne se sont pas conformés à leurs obligations en matière de droits humains.

« Le gouvernement congolais doit veiller à ce que les droits des personnes affectées par les six entreprises chinoises soient rétablis. Il doit également veiller à ce que les entreprises soient réglementées et à ce que les personnes impliquées dans les violations et abus des droits humains rendent des comptes », déclare Valentin Hategekimana, coordinateur pour l'Afrique à FIAN International.

Les actions de ces entreprises aggravent une situation d'urgence en RDC, qui compte le plus grand nombre de personnes au monde, confrontées à une insécurité alimentaire aiguë dans les zones de famine, selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

Lire le rapport parallèle de l'EPU sur la RDC ici.

Pour plus d'informations, veuillez contacter Tom Sullivan sullivan@fian.org ou Clara Roig Medina roig@fian.org

Les élevages de crevettes menacent les moyens de subsistance des communautés qui vivent de la pêche artisanale

FIAN International travaille avec des représentant-es des pêcheurs du Tamil Nadu pour mettre en lumière la situation de deux petites communautés à Chandrapadi et Chinnaikottaimedu, qui dépendent de la pêche traditionnelle en bateau.

Impact sur les moyens de subsistance et les droits humains

L'empiètement sur le territoire des élevages de crevettes depuis le début des années 1990 a entraîné une grave dégradation de l'environnement dans la région : les mangroves ont été défrichées et les estrans dragués pour construire des canaux artificiels, ce qui a perturbé des écosystèmes autrefois florissants.

L'expansion inconsidérée de l'élevage de crevettes a été associée à la contamination de l'eau, à la dégradation de la fertilité des sols, à la perte de moyens de subsistance, au refus d'accès aux zones de pêche, à des effets néfastes sur la santé, à des pénuries d'eau et à des perturbations sociales et culturelles.

« C'est un excellent exemple de la raison pour laquelle l'aquaculture est une fausse solution pour la sécurité alimentaire. Son expansion a dévasté la vie et les moyens de subsistance des communautés qui vivent de la pêche artisanale dans le monde entier et en particulier en Asie », déclare Yifang Tang, responsable des études de cas et de la recherche à FIAN International.

« L'aquaculture est très variée. Même des projets apparemment à petite échelle peuvent nuire à l'environnement et avoir un impact considérable sur le droit à l'alimentation et à la nutrition des communautés locales. »

Le gouvernement du Tamil Nadu n'a pas réussi à faire appliquer les lois existantes et à protéger les droits des communautés.

« Nous demandons aux services gouvernementaux de fermer les élevages de crevettes sur la base de la régulation de la zone de côtière (2019). Nous demandons également au gouvernement de l'État du Tamil Nadu de redistribuer les terres communes côtières aux communautés qui vivent de la pêche artisanale afin de sécuriser et de protéger l'environnement », déclare Jones T. Spartegus, du Réseau d'action côtière.

Le bilan humain de l'élevage de crevettes

La contamination des plans d'eau par le déversement de produits chimiques non traités a entraîné une réduction de la taille et de la qualité des poissons et des crustacés, menaçant ainsi la principale source d'alimentation des communautés de Chandrapadi et de Chinnakotaimedu.

La perte de terres agricoles au profit des élevages de crevettes a également perturbé les systèmes alimentaires locaux, obligeant les familles à acheter – plutôt qu'à cultiver – leur nourriture, ce qui affecte les revenus des ménages. Le refus d'accès aux zones de pêche et la perte des techniques de pêche traditionnelles ont entraîné des difficultés économiques pour les communautés qui vivent de la pêche artisanale.

Les communautés ont également subi des effets néfastes sur la santé, notamment des allergies et des maladies de peau qu'elles estiment liées à la pollution des élevages de crevettes.

La promotion des élevages de crevettes par l'État au moyen d'incitations financières et son incapacité à faire respecter ses propres réglementations soulignent l'urgence d'une action visant à protéger les droits humains et les moyens de subsistance de ces communautés qui vivent de la pêche artisanale.

Télécharger le document Impact de l’aquaculture de crevettes sur le droit à l’alimentation et à la nutrition en Inde Étude de cas de deux hameaux de pêcheurs du Tamil Nadu ici.

Pour plus d'informations ou pour des interviews avec les médias, veuillez contacter Clara Roig Medina roig@fian.org ou Tom Sullivan sullivan@fian.org.

Un an après l’adoption du cadre mondial pour la biodiversité, perte de biodiversité risque de se poursuivre

La destruction des écosystèmes et la perte rapide de biodiversité compromettent la production durable d'aliments sains et culturellement appropriés et, de ce fait, la réalisation du droit à l'alimentation et à la nutrition (DALN). Selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), 75% de la diversité génétique des plantes a disparu depuis le début du XXe siècle, à mesure que, dans le monde entier, les personnes pratiquant l’agriculture ont abandonné leurs semences locales au profit de variétés génétiquement uniformes. Aujourd’hui, sur les 6.000 espèces végétales cultivées pour l’alimentation, neuf seulement représentent 66% de la production agricole totale. En outre, 90% des bovins élevés dans les pays du Nord sont issus de six races seulement et 20% des races de bétail sont menacées d’extinction.

Le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal a été adopté par les États parties à la Convention sur la diversité biologique (CDB) le 18 décembre 2022 en tant que plan mondial de protection de la biodiversité. Cependant, un nouveau document de politique intitulé «Vendre la nature ou protéger les droits? Le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal sous l’angle du droit à l’alimentation» montre que ses prémisses sous-jacentes font craindre qu'il n’autorise le maintien du statu quo, en autorisant davantage de destructions et de violations des droits des communautés.

Comme le montre notre analyse, le Cadre n'établit pas de voie pour s'éloigner de l'agriculture industrielle hautement destructrice et d'autres activités d'extraction et pour s'orienter vers l'agroécologie. L'objectif 7 du KMGBF en est un bon exemple: il ne fixe pas de calendrier pour l'élimination progressive des pesticides et préconise plutôt une réduction du «risque global lié aux pesticides et aux produits chimiques très dangereux».

Vers la normalisation de la monétisation de la «nature»

Il est particulièrement inquiétant que le Cadre adopte des solutions dites «fondées sur la nature» (NBS), qui sont devenues le mot à la mode parmi de nombreux gouvernements, groupes de protection de la nature, ainsi que dans les milieux économiques et financiers «verts» et «bleus». Le concept semble prometteur, mais il est dangereusement vague et dans la pratique les solutions fondées sur la nature prennent principalement la forme de programmes de compensation, qui conditionnent la protection de la biodiversité dans une région à la poursuite de sa destruction ailleurs. De ce fait, les solutions fondées sur la nature sont devenues une partie du problème, en encourageant l’accaparement de terres, de forêts et d’océans dans des zones détenues et gérées par les peuples autochtones, les petit·es producteur.rices de denrées alimentaires et d’autres communautés.

En outre, le Cadre ouvre grand la porte aux intérêts lucratifs pour qu’ils fixent les priorités de l’action en faveur de la biodiversité En autorisant les financements privés, mixtes et soi-disant «innovants», sans aucune mesure de protection sociale et environnementale. Depuis son adoption, certains gouvernements ont poussé à la création de marchés de crédits biodiversité. En outre, des pays tels que la Barbade, le Belize, l'Équateur et le Gabon ont accepté de procéder à des «échanges dette-nature» pour refinancer leur dette en échange d'engagements en matière de conservation. La dette largement illégitime des pays en développement est ainsi utilisée comme levier pour une exploitation financière néocoloniale au nom de la protection de la biodiversité.

Protéger les droits des gardien.ne.s de la biodiversité

Le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal adopte une approche de la biodiversité fondée sur les droits humains et contient des dispositions importantes concernant les droits des peuples autochtones et des communautés locales, ainsi que l’égalité des genres et la justice intergénérationnelle. Toutefois, l'objectif dit «30×30», selon lequel 30 % de la surface des terres et des eaux du monde doit être soumise à des régimes de conservation d'ici à 2030, relance une approche de «conservation-forteresse», qui a conduit à des violations systématiques des droits des communautés locales.

La conservation et l'utilisation durable de la biodiversité ne sont possibles que si l'on respecte et protège les droits des personnes et des communautés qui sont les gardiennes d'une grande partie de la biodiversité: les paysan.ne.s, les peuples autochtones, les éleveurs.euses, les habitant.e.s des forêts, les communautés de pêche, etc. La biodiversité agricole est le résultat de l'interaction de la diversité culturelle et biologique dans tous les écosystèmes depuis des milliers d'années, sur la base des connaissances, des innovations et des pratiques des communautés. Les systèmes distincts mis en place par les paysan.ne.s et les populations autochtones pour conserver, gérer, entretenir et développer leurs semences et leurs races au sein de leurs terroirs et de leurs écosystèmes agricoles sont la clé de la protection de la biodiversité.

Malgré ses lacunes importantes, le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal et l'attention accrue portée à la biodiversité qu'il a suscitée devraient être utilisés de manière tactique et pragmatique pour faire progresser l'agroécologie et les droits des peuples autochtones, des paysan.ne.s et des autres populations rurales.

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