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De la faim au viol : L'ONU doit enquêter sur les violations des droits des femmes en Ouganda

FIAN exhorte le Comité CEDAW à interpeler le gouvernement ougandais pour qu'il poursuive les responsables de violations et rende rapidement justice aux femmes victimes d'accaparement de terres et de restrictions en matière de pêche

FIAN a interpelé le comité de l'ONU chargé de surveiller la mise en œuvre d'un traité mondial visant à mettre fin à toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes. L’organisation lui demande de se pencher sur les nombreuses violations perpétrées de longue date contre les droits des femmes rurales et des pêcheuses en Ouganda, liées à des accaparements de terres et des restrictions de leurs activités de pêche.

Dans un rapport parallèle de 10 pages qu'elles ont récemment soumis au Comité des Nations unies pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes (CEDAW), FIAN Ouganda et FIAN International ont également appelé ledit comité à demander au gouvernement ougandais, sous l'administration Museveni, de rendre "rapidement justice" à des centaines de femmes rurales du district de Mubende et de pêcheuses du district de Mukono et de poursuivre les auteurs des violations de leurs droits.

La faim, le viol, et la persistance de la violation des droits des femmes

Le rapport souligne que le gouvernement a perpétué la faim, le sans-abrisme et le manque d'accès à l'éducation, à l'eau et à la santé chez ces femmes en négligeant leur situation.

FIAN déplore également que le gouvernement n'ait pas enquêté sur les cas de viols et de violences domestiques dont les femmes ont été victimes et qu'il ne leur ait pas donné accès à la justice en temps voulu.

FIAN met également en lumière que le gouvernement ougandais, en ne répondant pas à la détresse de ces femmes, n'a pas non plus respecté ses obligations au titre de la Convention des Nations unies sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDAW).

L'Ouganda a ratifié ce traité en 1985, donnant mandat à son gouvernement de prendre les mesures législatives et non législatives appropriées pour interdire toute forme de discrimination à l'égard de ses citoyennes. 

« L'État ougandais n'a rien fait pour que les femmes du (...) district de Mubende ne soient illégalement expulsées. [E]t, même après cette expulsion illégale, l'État ougandais n'a rien fait pour soulager la faim, la malnutrition et la souffrance de ces femmes », a déclaré FIAN au Comité CEDAW, composé de 23 experts indépendants sur les droits des femmes du monde entier.

L'expulsion a eu lieu en 2001, lorsque l'armée ougandaise a violemment chassé les femmes de Mubende et leurs familles de leurs 2 524 hectares de terres pour laisser place à la plantation de café Kaweri Ltd, propriété à 100 % du groupe allemand Neumann Kaffee Gruppe et qui loue la propriété pour 99 ans. (LIRE L'ARTICLE SUR L'AFFAIRE MUBENDE ICI).

Certaines femmes expulsées, qui n'avaient d'autre choix que de travailler pour la plantation, ont signalé des cas de harcèlement sexuel et de viol sur la propriété foncière, indique FIAN dans son rapport. « (Malheureusement), (les) victimes n'ont pas obtenu justice (...) [P]ar exemple, la police n’a mené aucune enquête après qu’une femme lui a signalé qu’elle avait été violée. »

Brutalité des forces armées et accusations de sorcellerie 

FIAN a en outre indiqué au Comité CEDAW que les pêcheuses artisanales de Mukono sont aussi confrontées à la faim et à la malnutrition « en raison de la brutalité des Forces de défense populaires de l'Ouganda (UPDF), qui ont détruit leur matériel de pêche et suite aux actes de chasse aux sorcières. »

« Les accusations de sorcellerie s'accompagnent généralement de destructions de maisons, touchant particulièrement les femmes et les enfants », a déclaré FIAN.

« Plusieurs femmes ont été attaquées par d'autres membres de la communauté les accusant de sorcellerie au motif de leur bonne pêche. Leurs biens ont été confisqués ou détruits et elles vivent sans aucune protection de l'État. »

L'organisation a ajouté qu'elle avait documenté des cas d'accusations et de punitions arbitraires « disproportionnées » à l'encontre de pêcheuses accusées de sorcellerie « sans aucune réponse des structures étatiques. »

Remplir les obligations du traité, répondre à la détresse des femmes

FIAN a déclaré que le gouvernement doit indemniser les femmes victimes pour les dommages et les souffrances qu'elles ont endurés suite à l'expulsion de la plantation de café et aux violences commises par l'UPDF.

FIAN a également demandé au Comité CEDAW de recommander au gouvernement ougandais de s'acquitter de ses obligations conventionnelles en répondant à la situation critique de ses femmes par les mesures suivantes :  

  • Garantir leur accès libre à l'eau potable en quantité suffisante
  • Mettre en place un programme visant à construire des logements appropriés pour les personnes expulsées et les communautés de pêcheurs.
  • Leur fournir de la nourriture, des terres arables et l'accès à des lacs pour la pêche.
  • Veiller à ce que les filles et les femmes aient accès à l'éducation
  • Assurer aux femmes et à leurs familles des conditions de travail convenables et sûres et des revenus décents.
  • Veiller à ce que les femmes expulsées soient protégées contre le viol, le harcèlement sexuel, la violence domestique et la prostitution, mener des enquêtes sérieuses et poursuivre les responsables de ces crimes.
  • Protéger les femmes stigmatisées comme sorcières, les indemniser de manière adéquate pour les dommages et préjudices qu'elles ont subis et poursuivre les auteurs de ces crimes. 

Pour toute question ou information complémentaire, vous pouvez contacter Valentin Hategekimana, coordinateur Afrique de FIAN International, à l'adresse hategekimana@fian.org