Déclaration Internationale: La Banque mondiale hors de la terre !

Du 13 au 17 mai 2024, la Banque mondiale organise une conférence sur la terre à Washington DC, sur le thème « Sécuriser les régimes fonciers et l'accès à la terre pour l'action climatique ». Cette conférence est présentée comme faisant partie des solutions aux dommages causés par l'accaparement des terres, le changement climatique et la destruction des écosystèmes.  

FIAN International adhères à plus de 80 organisations du monde entier accusent la Banque mondiale de faciliter l'accaparement des terres et la financiarisation de la nature. Dans une nouvelle déclaration avant la conférence, nous demandons que la Banque ne touche pas aux terres des communautés. Non seulement la Banque mondiale investit directement dans des projets fonciers, mais elle promeut depuis longtemps une approche de la gestion des ressources naturelles fondée sur le marché et encourage la privatisation. 

Plus récemment, la Banque mondiale est devenue un ardent promoteur des marchés du carbone et d'autres mesures d'atténuation du changement climatique fondées sur le marché. Ces mesures visent à utiliser les terroirs des populations comme puits de carbone pour les grands pollueurs, tout en autorisant de nouvelles émissions de gaz à effet de serre et la destruction des écosystèmes.   

Les communautés et les peuples du monde entier en paient le prix, soumis à la dépossession, à la perte de leurs moyens de subsistance et à la violence. Dans leur déclaration, les organisations appellent les gouvernements à remplir pleinement leurs obligations au titre du cadre international des droits humains en adoptant des mesures efficaces pour s'attaquer aux facteurs structurels de l'accaparement et de la concentration des terres, notamment en protégeant les droits fonciers des personnes et des communautés et en mettant en œuvre des politiques de réforme foncière redistributive.

Plus précisément, ils appellent à soutenir l'organisation d'une deuxième Conférence internationale sur la réforme agraire et le développement rural en 2026 (CIRADR+20), comme l'a récemment annoncé le gouvernement colombien avec le soutien du Brésil. 

Lire la déclaration complète ici.

Plus d'informations sur le site du Comité international de planification pour la souveraineté alimentaire.

Pour les demandes des médias, veuillez contacter Tom Sullivan à l'adresse sullivan@fian.org. 

Le Processus Nyéléni: Comment Les aliments ultra-transformés, un «régime alimentaire industriel»

Les 60 dernières années ont été accompagnées d’une hausse de la production et consommation « d'aliments » ultra-transformés, ou plutôt faudrait-il parler de produits comestibles ultra-transformés (UPP en anglais) tels que les chips en paquet, les gâteaux, les boissons édulcorées ou les plats préparés. Propulsés par l’expansion du système alimentaire industriel, notamment l'approvisionnement mondial et les lieux de vente, ainsi que la concentration et le pouvoir des grandes entreprises au sein de ce système, les UPP remplacent les aliments frais et faiblement transformés et les repas préparés à la maison dans nos régimes alimentaires.  Les schémas alimentaires sont de plus en plus homogénéisés et les traditions culinaires disparaissent. Ce changement est apparu dans les pays à haut revenu puis s’est étendu au reste des pays, et la part de ces produits dans certaines régions dépasse 50 % de l'alimentation humaine. 

Cette édition de la newsletter Nyéléni s’intéresse à la manière dont « le régime alimentaire industriel » basé sur le UPP s'impose dans différentes régions du monde et aux implications pour la santé et la souveraineté alimentaire des personnes. Elle met en avant des exemples de résistance, du retour aux cultures traditionnelles au combat pour des mesures de régulation efficaces. Une chose est sûre, pour retrouver notre souveraineté sur nos assiettes, nous devons voir au-delà de ces assiettes et réformer le système alimentaire tout entier.

FIAN International et AFSA 

Illustration: Nikau Hindin, Obesity and Junk Food, 2009, @nikaugabrielle

 

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Pour toute information complémentaire merci de contacter info@nyeleni.orgwww.nyeleni.org
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Un an après l’adoption du cadre mondial pour la biodiversité, perte de biodiversité risque de se poursuivre

La destruction des écosystèmes et la perte rapide de biodiversité compromettent la production durable d'aliments sains et culturellement appropriés et, de ce fait, la réalisation du droit à l'alimentation et à la nutrition (DALN). Selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), 75% de la diversité génétique des plantes a disparu depuis le début du XXe siècle, à mesure que, dans le monde entier, les personnes pratiquant l’agriculture ont abandonné leurs semences locales au profit de variétés génétiquement uniformes. Aujourd’hui, sur les 6.000 espèces végétales cultivées pour l’alimentation, neuf seulement représentent 66% de la production agricole totale. En outre, 90% des bovins élevés dans les pays du Nord sont issus de six races seulement et 20% des races de bétail sont menacées d’extinction.

Le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal a été adopté par les États parties à la Convention sur la diversité biologique (CDB) le 18 décembre 2022 en tant que plan mondial de protection de la biodiversité. Cependant, un nouveau document de politique intitulé «Vendre la nature ou protéger les droits? Le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal sous l’angle du droit à l’alimentation» montre que ses prémisses sous-jacentes font craindre qu'il n’autorise le maintien du statu quo, en autorisant davantage de destructions et de violations des droits des communautés.

Comme le montre notre analyse, le Cadre n'établit pas de voie pour s'éloigner de l'agriculture industrielle hautement destructrice et d'autres activités d'extraction et pour s'orienter vers l'agroécologie. L'objectif 7 du KMGBF en est un bon exemple: il ne fixe pas de calendrier pour l'élimination progressive des pesticides et préconise plutôt une réduction du «risque global lié aux pesticides et aux produits chimiques très dangereux».

Vers la normalisation de la monétisation de la «nature»

Il est particulièrement inquiétant que le Cadre adopte des solutions dites «fondées sur la nature» (NBS), qui sont devenues le mot à la mode parmi de nombreux gouvernements, groupes de protection de la nature, ainsi que dans les milieux économiques et financiers «verts» et «bleus». Le concept semble prometteur, mais il est dangereusement vague et dans la pratique les solutions fondées sur la nature prennent principalement la forme de programmes de compensation, qui conditionnent la protection de la biodiversité dans une région à la poursuite de sa destruction ailleurs. De ce fait, les solutions fondées sur la nature sont devenues une partie du problème, en encourageant l’accaparement de terres, de forêts et d’océans dans des zones détenues et gérées par les peuples autochtones, les petit·es producteur.rices de denrées alimentaires et d’autres communautés.

En outre, le Cadre ouvre grand la porte aux intérêts lucratifs pour qu’ils fixent les priorités de l’action en faveur de la biodiversité En autorisant les financements privés, mixtes et soi-disant «innovants», sans aucune mesure de protection sociale et environnementale. Depuis son adoption, certains gouvernements ont poussé à la création de marchés de crédits biodiversité. En outre, des pays tels que la Barbade, le Belize, l'Équateur et le Gabon ont accepté de procéder à des «échanges dette-nature» pour refinancer leur dette en échange d'engagements en matière de conservation. La dette largement illégitime des pays en développement est ainsi utilisée comme levier pour une exploitation financière néocoloniale au nom de la protection de la biodiversité.

Protéger les droits des gardien.ne.s de la biodiversité

Le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal adopte une approche de la biodiversité fondée sur les droits humains et contient des dispositions importantes concernant les droits des peuples autochtones et des communautés locales, ainsi que l’égalité des genres et la justice intergénérationnelle. Toutefois, l'objectif dit «30×30», selon lequel 30 % de la surface des terres et des eaux du monde doit être soumise à des régimes de conservation d'ici à 2030, relance une approche de «conservation-forteresse», qui a conduit à des violations systématiques des droits des communautés locales.

La conservation et l'utilisation durable de la biodiversité ne sont possibles que si l'on respecte et protège les droits des personnes et des communautés qui sont les gardiennes d'une grande partie de la biodiversité: les paysan.ne.s, les peuples autochtones, les éleveurs.euses, les habitant.e.s des forêts, les communautés de pêche, etc. La biodiversité agricole est le résultat de l'interaction de la diversité culturelle et biologique dans tous les écosystèmes depuis des milliers d'années, sur la base des connaissances, des innovations et des pratiques des communautés. Les systèmes distincts mis en place par les paysan.ne.s et les populations autochtones pour conserver, gérer, entretenir et développer leurs semences et leurs races au sein de leurs terroirs et de leurs écosystèmes agricoles sont la clé de la protection de la biodiversité.

Malgré ses lacunes importantes, le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal et l'attention accrue portée à la biodiversité qu'il a suscitée devraient être utilisés de manière tactique et pragmatique pour faire progresser l'agroécologie et les droits des peuples autochtones, des paysan.ne.s et des autres populations rurales.

Télécharger le document de politique ici.

Pour plus d'informations ou pour des interviews avec les médias, veuillez contacter Clara Roig Medina roig@fian.org ou Tom Sullivan sullivan@fian.org.

L’intelligence artificielle contre l’agroécologie?

Les technologies numériques sont souvent présentées comme une solution miracle pour répondre aux crises interdépendantes de l'alimentation, du climat et de la biodiversité. Bien qu'elles soient présentées par leurs promoteurs au sein des gouvernements et des entreprises comme un outil nécessaire à l'innovation et permettant de rendre les systèmes alimentaires plus efficaces et durables, la réalité est bien plus complexe. 

Un nouveau rapport intitulé Contrôle à Distance et Intelligence Paysanne – Automatisation des Décisions, Suppression des Savoirs et Transformation des Modes de Connaissance, publié par FIAN International, Les Amis de la Terre Europe et le Centre pour l’Agroécologie, l’Eau et la Résilience de l'Université de Coventry, examine les implications des technologies numériques qui s'implantent dans l'agriculture européenne. Il se concentre en particulier sur les frictions entre les nouvelles technologies numériques et l'autonomie paysanne, l'agroécologie et la souveraineté alimentaire. 

Les technologies ne sont pas des objets muets. Leur développement, leur vente et leur utilisation sont inextricablement liés à des intérêts économiques et politiques, à des significations culturelles, et à divers savoirs et relations sociales et écologiques. Dans un contexte où l'argent, les technologies et le pouvoir sont fortement concentrés entre les mains de quelques grandes entreprises et pays, la numérisation de l'alimentation et de l'agriculture est destinée à renforcer les inégalités et les discriminations. 

 

S'opposer à un modèle agricole technocentré 

C'est ce qui se passe aujourd'hui dans l'agriculture, où les technologies bionumériques gagnent du terrain en tant que ressource essentielle pour les personnes pratiquant l’agriculture en Europe et ailleurs – et façonnent les décisions clés concernant l'alimentation et l'agriculture. Ce faisant, c’est l’essentiel que nous risquons de perdre : l’autonomie paysanne, et les précieux savoirs et modes de connaissance  propres  à  l’agriculture  paysanne  et  à  l’agroécologie  pourraient bien en effet se voir effacés au profit de processus simplistes fondés sur des données. L'intelligence dite artificielle pourrait mettre fin à l'autonomie paysanne. 

Ce rapport est le résultat d'une trajectoire d'apprentissage collectif et contient des réflexions et des idées précieuses de la part de paysannes et paysans, d'éleveuses et éleveurs et d'alliés critiques. Il se veut une contribution au débat en cours au sein du mouvement européen pour la souveraineté alimentaire sur la technologie dans le contexte de l'agroécologie. 

La question de savoir si un tel modèle agricole technocentrique est possible est moins importante que celle de savoir s'il est souhaitable et comment le mouvement de souveraineté alimentaire peut construire efficacement des mondes agricoles alternatifs.  

Pour plus d'informations ou des interviews avec les médias, veuillez contacter Clara Roig Medina roig@fian.org ou Tom Sullivan sullivan@fian.org 

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Les entreprises doivent rendre des comptes en matière de droits humains et d’environnement

Il n'existe aucun cadre juridique mondial contraignant pour réglementer les activités et les chaînes de valeur des entreprises minières transnationales, de l'agro-industrie et d'autres entreprises dont le bilan en matière de droits humains est atroce. Cette absence de règles du jeu équitables permet aux entreprises peu scrupuleuses d'échapper à leur responsabilité en trouvant des failles juridiques ou en sous-traitant leurs obligations à des entités de leur chaîne de valeur dans différentes juridictions.

Ce sera la neuvième année de discussions sur la création de réglementations contraignantes pour régir l'impact des entreprises sur les droits de l'homme.

L'impunité

FIAN International est solidaire de centaines de communautés affectées, d'organisations de la société civile et de mouvements sociaux à travers le monde, qui réclament d'urgence un traité ayant le pouvoir de protéger les paysannes et paysans, les petit·e·s agricultrices et agriculteurs, les peuples autochtones, les femmes, les pêcheuses et pêcheurs, les travailleuses et travailleurs agricoles et les communautés qui sont affectés de manière disproportionnée par les abus et les préjudices des entreprises.

“Il y a trop de lacunes dans le droit international qui créent l'impunité pour les entreprises qui ont causé ou contribué à des pertes et dommages en matière de droits humains », déclare la représentante permanente de FIAN International auprès de l'ONU, Ana María Suárez Franco.

Des consultations régionales ont été organisées au cours des derniers mois, sous l'égide des « amis de la présidence », un groupe d'États constitué pour soutenir l'Équateur, qui préside actuellement le processus. Des groupes de la société civile ont également coordonné des consultations régionales dans différentes régions. Leur objectif était d'inciter les États à jouer un rôle plus important dans les négociations lors de la session de cette année du “Groupe de travail intergouvernemental à composition non limitée sur les sociétés transnationales et autres entreprises et les droits de l’homme”. Ils ont également présenté les demandes et les propositions des communautés affectées qui devraient être incluses dans le projet de traité.

 Il est temps d'entamer de véritables négociations

Les consultations officielles, organisées par la présidence, n'ont pas permis d'avancer de manière significative sur le fond. Le projet de traité actualisé n'a pas pris en considération certaines demandes clés de la société civile alors qu’il serait fondamental de les inclure dans un traité solide. Il est donc essentiel que la présidence applique des méthodologies transparentes et participatives lors des prochaines négociations afin de garantir une véritable négociation entre les États cette fois-ci.

Les États-Unis ont annoncé qu'ils participeraient activement, ce qui n'était pas le cas dans le passé. La contribution des États européens n'est pas encore claire. La société civile espère que ses discussions régionales en Amérique latine, en Asie et en Afrique inciteront les États de ces régions à participer plus activement.

Comme l'ont montré les récents cas d'accaparements de terres industriels ou liés aux ressources naturelles en Inde et en Colombie, un ensemble solide de règles contraignantes est nécessaire pour garantir que les droits humains des peuples priment sur les intérêts économiques.

Projet actualisé et texte affaibli

Plusieurs tentatives sont faites pour limiter les accords politiques en vue de la réalisation d'un traité solide. Des propositions informelles partagées abruptement par le président l'année dernière ont été incluses dans plusieurs dispositions clés du dernier projet. Ces propositions affaiblissent les normes et les standards en matière de droits humains et ne tiennent pas compte des acquis des négociations démocratiques de ces dernières années.

« Dans ce qui semble être une tentative de rationalisation du texte, certains éléments relatifs à la responsabilité juridique, à la prévention et à la justice environnementale manquent maintenant de mordant ou, dans certains cas, sont complètement absents du projet actualisé », déclare Ayushi Kalyan, coordinateur de FIAN International sur la capture et la réglementation des entreprises.

Il ne faut pas laisser les intérêts des entreprises, ou les États qui ont l'intention de les défendre aux dépens des populations, détourner les négociations.

 » Plus que jamais, il est nécessaire de mettre en place des règles du jeu mondiales qui s'appliquent de manière extraterritoriale afin de mettre un terme à l'impunité des entreprises tout au long des chaînes de valeur et des réseaux d'entreprises, qui nuisent aux populations et à la planète. », ajoute Stephan Backes, coordinateur de FIAN International pour les obligations extraterritoriales.

Il s'agit du seul espace de négociation international dédié à l'établissement de règles contraignantes au niveau mondial sur la responsabilité des entreprises et à la garantie que les États exercent leur pouvoir réglementaire sur les entreprises qui réalisent des profits tout en nuisant aux personnes et à l'environnement.

Les organisations et mouvements de la société civile continueront à contribuer au processus et à exhorter les États à rester fidèles aux demandes qu'ils ont présentées lors de la création du groupe de travail intergouvernemental.

Pour plus d'informations ou pour des interviews avec les médias, veuillez contacter Clara Roig Medina roig@fian.org ou Tom Sullivan sullivan@fian.org

Les droits et non la charité : Une perspective des droits de l’homme sur l’aide charité alimentaire d’entreprise

Une nouvelle publication est lancée par FIAN International, le Réseau mondial pour le droit à l'alimentation et à la nutrition et l'Alliance mondiale de solidarité pour l'alimentation, la santé et la justice sociale.Cette publication décrit la tendance mondiale à l'augmentation de l'aide alimentaire caritative soutenue par les entreprises et la façon dont la demande croissante de réponses humanitaires à l'insécurité alimentaire est abordée par le biais de l'économie des banques alimentaires. Ainsi, les politiques et les institutions étatiques négligent systématiquement leurs obligations de respecter, de protéger et de mettre en œuvre le droit de l'homme à une alimentation adéquate.

Face à l'augmentation de la pauvreté, de la faim et des inégalités dans le monde, les entreprises prétendent de plus en plus détenir la solution, en occupant l'espace politique et en supplantant le rôle des gouvernements. Parmi ces tendances, la charité alimentaire soutenue par les entreprises à travers la réorientation des déchets alimentaires, les dons de produits et le soutien financier, les banques alimentaires et autres organisations d'accès à l'alimentation sont devenus un rouage important du système alimentaire industriel.

Les entreprises et les gouvernements encouragent et codifient un faux lien entre le gaspillage alimentaire et la sécurité alimentaire. Ignorant et exacerbant des problèmes structurels plus profonds liés à la surproduction et au gaspillage alimentaire, ils ont créé de nouvelles incitations financières pour maintenir des modèles industriels dysfonctionnels de production alimentaire et ont fait de la charité un autre moyen de consolider le contrôle du système alimentaire par les entreprises. Il s'agit là d'une réponse qui ne permet pas de garantir la sécurité alimentaire pour tous, et dont l'enracinement sape l'obligation de l'État de respecter le droit de l'homme à une alimentation adéquate – et qui doit être remise en question.

Les solutions conformes aux droits de l'homme exigent des politiques publiques qui s'attaquent aux obstacles structurels à l'accès à l'alimentation auxquels les personnes sont confrontées et les surmontent. Les politiques alimentaires et nutritionnelles devraient être conçues de manière à surmonter le besoin de nourriture d'urgence, en veillant à ce que la nourriture soit constamment adéquate, disponible, accessible et durable. Si des infrastructures de redistribution des excédents alimentaires sont nécessaires pour atteindre cet objectif, elles devraient être déstigmatisées, universellement accessibles, connectées aux systèmes régionaux d'approvisionnement alimentaire et régies par les intérêts et les objectifs de développement des communautés locales, et non par ceux d'acteurs corporatifs lointains.

Télécharger le rapport ici.

Pour plus d'informations, contactez Amanda G. Cordova : cordova-gonzales@fian.org

Maladies émergentes et agriculture industrielle. Qu’est-ce qui rend les aliments surs ?

Au sein des systèmes alimentaires industriels, la « sécurité » revient à gérer les risques élevés engendrés par ce même modèle de production alimentaire. Les aliments sont produits dans des champs de monoculture ou des exploitations agricoles industrielles, où les espèces uniformes de plantes et d'animaux sont extrêmement vulnérables aux ravageurs et aux maladies. Dans ce contexte, les maladies peuvent proliférer ou muter pour prendre des formes encore plus meurtrières et, dans le cas des animaux, se propager aux humains et se diffuser le long des chaînes d'approvisionnement industrielles. Afin de les rendre moins vulnérables, les cultures sont génétiquement modifiées ou arrosées de pesticides toxiques et les animaux sont nourris d’antibiotiques et de médicaments, créant des dangers sanitaires supplémentaires. Ensuite, la plupart des aliments sont fortement transformés et vendus dans des supermarchés, et sont à l'origine de maladies telles que le diabète et le cancer.
 
Les gouvernements et les entreprises imposent de plus en plus de réglementations et de normes pour faire face à ces risques. En réalité, ils ne font que réduire les excès les plus flagrants, sans menacer les bénéfices des grandes entreprises, et ignorent les systèmes alimentaires reposant sur l’élevage animal, les marchés et l’agroécologie traditionnels, qui présentent moins de risques grâce à la diversité, aux connaissances locales, à la confiance et aux circuits courts. Ces réglementations sont devenues des outils pour étendre le contrôle des grandes entreprises et affaiblir les systèmes alimentaires sains qui continuent à nourrir la majorité de la population mondiale et qui représentent la seule vraie solution face aux dégâts causés par le système alimentaire industriel.

 

Lisez Nyeleni Newsletter No.53 ici or télécharger ici

Illustration: Rini Templeton

Une transition juste vers l’agroécologie

Dans une nouvelle note d'information, FIAN International examine le concept de transition juste du point de vue du droit à l'alimentation et à la nutrition. Il affirme que seule une transition systémique, multisectorielle et basée sur les droits humains peut garantir un avenir sûr, durable et juste pour toutes et tous. Une transition juste doit prendre en compte les inégalités socio-économiques, y compris les inégalités entre les hommes et les femmes, et transformer les processus de marginalisation et d'exploitation qui bénéficient toujours aux mêmes groupes.

Le respect des droits des femmes, des peuples autochtones, des travailleurs et travailleuses, des communautés paysannes, des personnes qui pratiquent la pêche artisanale et de celles qui produisent des denrées alimentaires à petite échelle doit fournir le cadre d'une transformation véritablement équitable, juste et durable des systèmes alimentaires.

« Le rôle crucial que joue l'agroécologie dans une telle transition n'a pas encore été reconnu à sa juste valeur et n’est pas pris en compte dans les cadres réglementaires existants,” a déclaré l'auteure de la note d'information, Sibylle Dirren.

S'appuyant sur les arguments d'expert-es des Nations unies et sur des expériences concrètes de diverses communautés, la note d'information présente des actions spécifiques que les gouvernements peuvent prendre pour faciliter une transition juste vers l'agroécologie.

Les systèmes alimentaires industriels reposent sur des déséquilibres de pouvoir et des inégalités qu'ils perpétuent. Ils contribuent au changement climatique, à la perte de biodiversité, à la pollution et à la dégradation générale de l'environnement. Environ un tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre provient des systèmes alimentaires industriels. Les pesticides et les engrais chimiques utilisés dans l'agriculture industrielle intensive sont responsables de l'empoisonnement d'environ 385 millions de paysan-nes et de travailleurs-euses agricoles chaque année.

L’urgente nécessité de transformer les systèmes alimentaires industriels a été largement reconnue, notamment par le Groupe d'expert-es intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et le Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA).

Plusieurs rapporteurs et rapporteuses spéciales des Nations unies sur le droit à l'alimentation et à la nutrition ont fait état des avantages confirmés de l'agroécologie. Ils et elles ont souligné la capacité de l'agroécologie à réduire considérablement le recours excessif aux pesticides et à utiliser de manière optimale les ressources naturelles pour réaliser le droit à l'alimentation. Des recherches récentes indiquent que la réduction ou l'élimination complète de l'utilisation d'engrais chimiques dans l'agriculture peut entraîner une diminution des émissions de gaz à effet de serre et une réduction de la pollution toxique.

« L'agroécologie, une forme d'agriculture et de production alimentaire, se distingue par ses faibles émissions de carbone, la conservation des écosystèmes et son impact positif sur les moyens de subsistance des paysan-nes et des autres personnes qui produisent des denrées alimentaires,” a déclaré Sibylle Dirren.

Pour soutenir la transition vers l'agroécologie, les États doivent adapter des plans de transition contraignants qui comprennent des mécanismes de soutien sensibles au genre pour les populations rurales et les peuples autochtones, conformément aux conventions de l'UNDRIP, de l'UNDROP, de la CEDAW et de l'OIT. Les connaissances, les pratiques et les innovations des peuples autochtones, des personnes pratiquant l’agriculture à petite échelle, la pêche artisanale, l’élevage extensif et des autres populations rurales doivent être reconnues et leur droit à une participation effective, significative et informée doit être garanti tout au long du processus de transition.

Pour plus d'information, veuillez contacter Tom Sullivan, FIAN International Communication & Campaigns : sullivan@fian.org

 

 

 

Soutenir les luttes rurales : Il est temps pour l’ONU de créer une procédure spéciale sur la Déclaration UNDROP

Il est temps que la mise en œuvre de la Déclaration UNDROP (la Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales) adoptée en 2018 soit surveillée par un mécanisme de contrôle au niveau international.

Lors de la 54ème session du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies, qui a débuté cette semaine à Genève, la mission permanente de l'État plurinational de Bolivie présente une résolution visant à créer ce mécanisme de suivi, décrit dans une nouvelle note de plaidoyer de FIAN International, de LVC et du CETIM.

Depuis que l'Assemblée générale des Nations Unies a adopté la Déclaration UNDROP, les organisations paysannes et rurales ont plaidé pour la concrétisation des droits inscrits dans cet instrument historique. Elles se sont battues pour la réalisation des droits des paysans et la souveraineté alimentaire, ainsi que pour la création de systèmes alimentaires équitables et véritablement durables. Elles ont sensibilisé l'opinion publique, organisé des formations sur la Déclaration, suivi la mise en œuvre de cet instrument et elles se sont engagées dans des actions de plaidoyer à différents niveaux, y compris par des voies juridiques.

Dans certains pays, les autorités publiques ont pris des mesures pour mettre en œuvre la Déclaration UNDROP, en intégrant son contenu dans la législation nationale ou en développant des politiques publiques basées sur les droits consacrés dans la Déclaration. Cependant, malgré ces avancées, les paysans et paysannes et les autres personnes travaillant dans les zones rurales continuent d'être systématiquement opprimés par un système économique créé dans l'intérêt du secteur agro-industriel et des sociétés transnationales. Il reste encore beaucoup à faire.

Très peu d'efforts ont été faits pour contrôler la mise en œuvre de la Déclaration UNDROP au niveau international. Ainsi, la nature et les causes profondes des violations systématiques des droits des paysans et paysannes et des travailleuses et travailleurs ruraux et des asymétries historiques de pouvoir dans les zones rurales n'ont pas été abordées de manière adéquate dans les forums internationaux.

Téléchargez ici la note de plaidoyer, préparée avec le soutien de la fondation Rosa-Luxemburg, et rejoignez-nous dans la mobilisation pour la création de ce mécanisme de suivi.

Mondialiser la lutte, mondialiser l'espoir !

Pour plus d'informations ou pour des interviews avec les médias, veuillez contacter Tom Sullivan, FIAN International Communications and Campaigns sullivan@fian.org

 

Les communautés affectées par l’exploitation minière à Koudiadiène, Pambal et Diogo au Sénégal demandent une protection

Les associations sénégalaises, dont le Collectif pour la défense des intérêts de Koudiadiène, l'Association de défense des intérêts des riveraines des phosphates de Thiès, l'Association pour le développement des activités des femmes et jeunes de Pambal, Fédération nationale pour l'agriculture biologique et Réseau national des personnes affectées par les opérations minières ont soumis le 18 juillet 2023 un rapport parallèle pour l’Examen Périodique Universel (EPU) sur le Sénégal qui souligne les abus des droits humains liées aux activités minières entreprises par SEPHOS et GCO.  

Les activités minières de ces deux entreprises européennes ont conduit à l'accaparement de terres et à des expulsions forcées dans certaines localités telles que Lam-Lam par SEPHOS et Fout, Keur Gamou et Diourmell par GCO. Les communautés affectées à Koudiadiène, Pambal et Diogo ont été forcées d'abandonner leurs terres en raison de la poussière excessive qui détruit les terres et les cultures et cause des problèmes de santé, notamment des troubles dermatologiques et respiratoires.

Cet accaparement des terres a également affecté leur accès à l'eau potable, à l'eau pour les cultures et aux structures de santé dans le village de Diourmel. De plus, l'accès au logement est devenu un problème pour 28 familles du village de Fout et pour la moitié des enfants adultes du village de Diourmel. 

Les associations sénégalaises et les membres des communautés dénoncent l'insuffisance ou l'absence de compensation pour les personnes qui ont été contraintes d'abandonner leurs terres.  

« La compensation doit prendre en compte le revenu annuel gagné par chaque propriétaire terrien, multiplié par le nombre d'années pendant lesquelles chaque propriétaire terrien n'a pas pu exploiter sa terre en raison des activités minières », a déclaré Pierre Pathé Thiao, un membre de la communauté affectée de la localité de Lam-Lam. 

La perte des terres a plongé les membres de la communauté dans la pauvreté et certains sont incapables de payer les soins médicaux. Certaines familles ont retiré leurs enfants de l'école à cause de la pauvreté. À Koudiadiène, les communautés touchées ont changé leurs habitudes alimentaires, remplaçant le couscous par le riz. Cette situation a entraîné une augmentation des cas de diabète. La culture du mil a fortement diminué et les paysans/paysannes ont cessé de cultiver des tomates, en particulier dans les champs situés à proximité des sites miniers. De plus, certaines familles n'ont pas les moyens financiers d'acheter d'autres aliments comme la viande ou le poisson pour diversifier leurs repas.  

Les terres agricoles et la biodiversité ont donc été détruites, ce qui a eu un impact sur les moyens de subsistance et le droit à l'alimentation des populations.  

« Nous avons entendu dire que la GCO a restauré une partie des terres détruites et qu'elle les a données au Service des Eaux et Forêts. Les terres doivent être rendues aux anciens propriétaires terriens », a déclaré Pape Beye, un membre de la communauté de Diogo qui a perdu son champ.   

Ce rapport parallèle pour l’EPU demande que les autorités sénégalaises garantissent la restauration des terres comme première étape pour assurer les moyens de subsistance des communautés et que les terres restaurées reviennent aux membres des communautés. Deuxièmement, entre autres revendications, les communautés affectées demandent la reconnaissance légale des droits coutumiers sur leurs terres, ce qui nécessitera une réforme de la gouvernance foncière actuelle, qui considère les communautés rurales comme des usagères de terres n'ayant aucun contrôle sur les terres qu'elles utilisent pour leur subsistance. 

« Compte tenu de l'importance et de la fonction sociale de la terre pour ceux et celles qui en dépendent, la reconnaissance des droits coutumiers sur le foncier serait cruciale pour garantir que ceux et celles qui dépendent de la terre, en particulier dans les zones rurales, aient un réel contrôle sur celle-ci », déclare Valentin Hategekimana, coordinateur Afrique de FIAN International, qui a contribué au rapport parallèle pour l'EPU.  

Les communautés affectées dénoncent également la criminalisation des défenseurs et défenseuses des droits humains et de la terre et demandent que l'État sénégalais garantisse leur liberté d'expression concernant leurs préoccupations en matière de droits fonciers.  

Lire l'intégralité du rapport parallèle pour l'EPU sur le Sénégal ici.

Pour plus d'informations, veuillez contacter Valentin Hategekimana: hategekimana@fian.org