| 08-10-2018

Une perspective populaire sur le droit le plus violé au monde

Un rapport préparé par la société civil attire l’attention sur les principaux défis auxquels fait face le droit à l’alimentation et démontre que l’approche habituelle ne fonctionne plus

À la suite d’une vaste consultation des mouvements sociaux, des peuples autochtones, des petits producteurs alimentaires et des ONG, un nouveau rapport met en lumière les principaux obstacles – souvent ignorés – auxquels nous sommes confrontés pour réaliser un de nos droit les plus fondamentaux. Axé autour de l’utilisation et de la mise en œuvre des Directives volontaires à l’appui de la concrétisation progressive du droit à une alimentation adéquate dans le contexte de la sécurité alimentaire nationale (Directives sur le droit à l’alimentation)*, ses conclusions démontrent que la primauté des intérêts du secteur privé perpétue de fait la faim dans le monde. Il subsiste encore un écart important entre l’élaboration des politiques et des normes d’un côté et la réalisation du droit à l’alimentation de l’autre, comme en témoigne le taux croissant de la faim et de la malnutrition dans le monde.

Le rapport est une contribution du Mécanisme de la société civile (MSC) à la manifestation thématique sur Directives sur le droit à l’alimentation qui se tiendra lors de la 45ème session du CSA en octobre 2018. À ce titre, il vise à promouvoir « l’apprentissage par l’expérience» et la responsabilité au sein du CSA, la plate-forme internationale et intergouvernementale la plus complète et la plus inclusive sur la sécurité alimentaire et la nutrition, ainsi qu’à renforcer le rôle important du suivi au sein de cet espace politique.

 

Aborder les causes profondes ignorées

Aujourd’hui, des centaines de millions d’individus –     environ 821 millions selon les dernières estimations – demeurent en proie à l’insécurité alimentaire. Les principaux rapports citent le nombre croissant de conflits et de chocs climatiques comme le principal facteur de la montée de la faim et de la malnutrition, ainsi que des taux de chômage croissants et la détérioration des filets de protection sociale. Cependant, cette analyse ne traite pas des causes profondes liées au genre, à l’ethnicité, à la classe sociale ou encore à l’accès aux ressources – qui sont présentes dans la vie quotidienne de la majorité de la population.

Ces causes conduisent des millions de personnes à ne pas avoir un accès physique et économique constant à des aliments sains, nutritifs et en quantité suffisante pour répondre à leurs besoins alimentaires. Ces personnes se heurtent à des obstacles pour obtenir un revenu suffisant afin d’acheter la nourriture nécessaire pour nourrir leur famille de manière digne ainsi pour acquérir les droits l’accès aux ressources – eau, terre, semences, biodiversité – nécessaires à la production de denrées alimentaires.

Statu quo et manque de soutien des États

De même, l’influence grandissante des entreprises sur les habitudes de production et de consommation alimentaires, les prix et le marketing est souvent ignorée. À l’heure actuelle, de nombreuses lois et politiques soutiennent les modes de production agricoles et alimentaires industriels de monocultures qui alimentent les chaînes d’approvisionnement des entreprises et nuisent à l’environnement. Pendant ce temps, les taux de malnutrition continuent de grimper, ce qui a des conséquences énormes sur la santé et le bien-être des populations du monde entier.

Entretemps, ceux qui cherchent à défendre leur droit à l'alimentation, ainsi que celui de leurs communautés et de leurs peuples, font face à des représailles, à la criminalisation, à la persécution et – bien trop souvent – à la mort. Ces violations et de nombreuses autres se produisent tous les jours, aux quatre coins de la planète, le plus souvent en l’absence de toute possibilité de recours, d’accès à la justice ou de mise en œuvre de la responsabilité des États.

Le droit à l’alimentation, un outil puissant

Le droit à l’alimentation demeure un outil indispensable pour garantir un monde sans faim ni malnutrition, avec des systèmes alimentaires durables et respectueux de la dignité humaine. Sa réalisation est fondamentale pour la réalisation de la sécurité alimentaire, les moyens de subsistance durables, la stabilité sociale, la paix et la sécurité, la croissance économique et le développement rural et social, ainsi que pour l’éradication de la pauvreté. Sans cette dernière, les objectifs ambitieux énoncés dans les Objectifs de développement durable (ODD) pour 2030 ne pourront tout simplement pas être atteints.

Tandis que la place des droits humains se réduit, il est essentiel d’accorder une attention particulière au fait que sans un changement de cap, les violations du droit à l’alimentation continueront à augmenter.

Vous pouvez accéder au rapport     ici.

 

NOTES À LA RÉDACTION

* Résultat d’une alliance déterminée de gouvernements, d’organisations de la société civile (OSC) et de bureaux de l’ONU, les Directives sur le droit à l’alimentation ont été négociées dans le cadre d’un processus participatif au sein du Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA) et adoptées à l’unanimité par tous les États membres  de l’organisation des Nations Unies pour l’agriculture (FAO) en 2004. Depuis leur adoption, les Directives sur le droit à l’alimentation ont été utilisées pour créer un ensemble de guides et politiques pour aider les États sur la mise en œuvre au niveau national. Elles ont également été utilisées, en particulier par l’Unité du droit à l’alimentation de la FAO, pour aider les gouvernements à adopter des stratégies et une législation nationale visant à concrétiser le droit à l’alimentation.