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Mali - Forcible evictions of peasants


 Son Excellence Amadou Toumani Touré
Président de la République du Mali
Fax : 00 223 20 23 00 09   
Heidelberg, le 19 janvier 2010

Votre Excellence,

 

FIAN est une organisation internationale non gouvernementale de défense du droit de l´Homme à une alimentation adéquate, représentée dans plus de vingt pays à travers le monde, et avec des membres individuels dans une soixantaine de pays.  FIAN bénéficie d´un statut d´observateur auprès des Nations Unies accordé par l´ECOSOC. 

En ma qualité de secrétaire général, je me permets de vous contacter pour vous communiquer la profonde préoccupation de l´organisation concernant les nouvelles qui nous sont parvenues hier sur la situation des dizaines de familles de cultivateurs menacées d’expulsion à N´Tabacoro, sur la commune de Kalabancoro, au profit d’un projet de construction de logements sociaux.  Ces familles de cultivateurs ainsi que les autres propriétaires de parcelles et de concessions rurales affectées ont déposé plainte contre les menaces pesant sur la jouissance de leurs droits de l´Homme, dont le droit à une alimentation et un logement adéquats. Or, malgré la saisine des tribunaux administratifs sur des questions de fond et une demande de référé dans le cadre suite au contentieux relatif à l’avis d´expulsion (décret no09/190-P-RM du 04 mai 2009), les bulldozers ont envahi hier des parcelles supplémentaires et les travaux se poursuivent. 

Les familles de cultivateurs, qui comptent déjà parmi les plus vulnérables, sont dépendantes de leur accès à ces terres pour pouvoir se nourrir et avoir un niveau de vie décent. Non seulement ces groupes de cultivateurs ne bénéficient pas du soutien des politiques agricoles publiques, mais en plus leur accès aux moyens de subsistance est aujourd´hui menacé. En effet, aucune enquête ni consultation préalable avec les personnes affectées n’a été réalisée, en violation du code domanial foncier et de la législation malienne en général. En outre, aucune solution de dédommagement et de remplacement n’a été prévue par l’Etat. Cette menace d’expulsion et l’insécurité qui pèse sur leur avenir proche les place donc dans une situation particulièrement préoccupante. 

Et ce d’autant plus que depuis le 12 juin 2009, en pleine saison des pluies, les cultivateurs concernés se sont vus interdire toute culture. Cette interdiction, qui survient sans discussion ni négociation avec les paysans, a rendu l’accès à l’alimentation d’une trentaine de familles extrêmement difficile. Laissés dans l´incertitude et sans alternative sérieuse, la plupart d´entre eux a recours à des stratégies de survie telles que le les petits emplois, l´endettement ou la solidarité de la communauté.

En tant qu’Etat partie au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, et à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, le Mali a l’obligation de respecter, protéger et promouvoir le droit à une alimentation adéquate, ainsi que le droit à un logement, en particulier pour les individus vulnérables. Au regard de cette situation, je vous exhorte :

-          à faire cesser immédiatement les travaux, conformément au droit national et international ;

-          à respecter le droit à une alimentation adéquate des cultivateurs et ainsi leur accès à leurs terres traditionnelles ;

-          à agir au plus vite pour assurer aux personnes affectées une sécurité d’accès à la terre et son exploitation, en particulier pour les personnes dont c’est le principal moyen de survie ;

-          à respecter, si vous deviez procéder à l’expulsion, les normes et procédures prescrites par le droit national et international, ce qui implique notamment une véritable consultation des personnes affectées, l’accès à des recours légaux, une juste et préalable indemnisation, une information complète sur l’expulsion dans un délais raisonnable, et, de manière centrale, l’offre d’une possibilité réinstallation ou d’accès à une terre productive ;

-          à apporter un soutien actif aux familles de cultivateurs traditionnels qui sont à la fois les premières victimes de l´insécurité alimentaire mais aussi des acteurs clé de toute stratégie nationale en faveur d´une meilleure sécurité alimentaire nationale et d´une plus grande réalisation du droit à une alimentation adéquate. 

Je vous serais gré de bien vouloir me tenir informé des actions que vous comptez prendre.

 Je vous prie de croire, Votre Excellence, en l’assurance de ma respectueuse considération.

 

 Dr. Flavio Luiz Schieck Valente

Secretary General

FIAN International

 

Copies :

 Premier Ministre, M. Modibo Sidibé         

Ministre de l'Administration Territoriale et des Collectivités Locales, Général Kafougouna Koné

Ministre de la Justice et Garde des Sceaux, M.  Maharafa Traoré             

Ministre du Logement, des Affaires Foncières et de l'Urbanisme, Mme Gakou Salimata Fofana

Ministre de  l'Economie et des Finances,  M. Sanoussi Touré